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Remise PRIX ARDUA le 8 septembre

Cette association propose aux diplômés de l’Université d’Aquitaine un lieu de rencontre qui leur permette de garder vivante leur curiosité intellectuelle et de s’intéresser vivement à la vie de la Cité et de la Région.

ACTUALITÉS  2021

les 2, 3 decembre.............Colloque International Tahar Ben Jelloun en présence de l'écrivain à l'auditorium de la Bibliothèque municipale 

                    HISTOIRE, RACINES, MYTHES : UNE EXPLORATION  DE L'HUMAIN

TAHAR BEN JELLOUN, écrivain, poète et peintre,  est né en 1947 à  Fès au Maroc. Après des études de philosophie à l'université de Rabat, il part pour la France et obtient un doctorat de psychopathologie sociale. En 1985, il publie le roman L'enfant de Sable qui rencontre un grand succès, puis il est lauréat du Prix Goncourt pour La nuit sacrée en 1987. Il construit une oeuvre riche composée de romans, de poésies et d'essais, notamment à  visée pédagogique comme Le Racisme expliqué à ma fille en 1998. L'ensemble de ses textes,  au croisement d'influences  française et marocaine,  se caractérise par un principe dialogique entre les cultures.

PROGRAMME:

JEUDI 2 DÉCEMBRE ~~~14H

14H00 ACCUEIL DES PARTICIPANTS - OUVERTURE DU COLLOQUE 

           PRÉAMBULE : UNE CÉLÉBRATION DU MONDE ET DE L'HOMME 

14H30 ALAIN VIRCONDELET 

                        Pour un Tombeau  de Fès  : éloge du "silence vivant"

            PREMIÈRE SÉANCE :  L'HOMME À L'ÉPREUVE DE LA BARBARIE 

       MODÉRATEUR :  AGNÈS LHERMITE

 15H00 HÉDIA ABDELKÉFI

                      L'intermédialité dans La Punition de Tahar Ben Jelloun 

 15H30 FABIENNE  MARIÉ LIGER

                      L'écriture des camps, une exploration des limites de l'humain, au prisme de la littérature russe.

 16H00 HICHEM ISMAIL

                      Violence et sacré  dans Cette aveuglante absence de lumière de Tahar Ben Jelloun 

 16H30 KAMEL SKANDER

                     Le miel et l'amertume, La  poétisation de l'écriture dans l'oeuvre de Tahar Ben Jelloun 

 17h00 DISCUSSION

VENDREDI 3DÉCEMBRE ~~~09H30

               DEUXIÈME SÉANCE : L'ÉCRITURE COMME  INTERROGATION PERMANENTE 

                                                      MODÉRATEUR : GÉRARD PEYLET 

 09H30 AGNÈS LHERMITE 

                      Orientaliser les Contes de Perrault 

 1OH00 MICHEL PRAT

                       L'image de la mère Sur ma mère  de Tahar Ben Jelloun  et Le livre de ma mère d'Albert Cohen

 10H30 DISCUSSION-PAUSE

 11H00 ANTONY SORON

                      Portait d'un écrivain en tisserand d'histoires, L'auberge des pauvres

 11H30 AZIZA AWAD

                      Le mariage de plaisir de Tahar Ben Jelloun : un voyage entre deux mondes

 12H00 DISCUSSION

VENDREDI  3 DÉCEMBRE~~~14H30

               TROISIÈME SÉANCE : L'ART ET LE DÉVOILEMENT DU MONDE 

                                                     MODÉRATEUR : FABIENNE MARIÉ LIGER

 14H30 ERIC HOPPENOT

                      Et si je chavire dans la rue d'un seul. Tahar Ben Jelloun dans les pas de Giacometti 

  15H00 SIEGHILD JENSEN-ROTH

                       Peindre la joie du monde

 15H30 DISCUSSION-PAUSE 

                QUATRIÈME SÉANCE : L'ÉCRITURE: L'ART DE DÉCRYPTER L'HUMAIN 

                                                         MODÉRATEUR : MICHEL PRAT

 16H00 NADINE ROUQUETTE

                        Tahar Ben Jelloun, une dialectique des corps 

 16H30 GÉRARD PEYLET 

                       Jour de silence à Tanger : du tragique  de l'ordinaire au dévoilement de l'intime 

 17H00 DISCUSSION - CLOTURE DU COLLOQUE 

La Bibliothèque Municipale de Bordeaux demande, comme pour toutes les manifestations culturelles, la présentation du Pass sanitaire et le respect des gestes barrières.

                                                  ☆☆☆☆☆☆☆☆☆☆☆☆☆☆☆☆☆☆☆

le 17 novembre à 13h30..........Rencontre en Aquitaine autour de l'oeuvre de Jean-Yves Laurichesse et en sa présence, à l'auditorium de la Bibliothèque Municipale de Bordeaux :

                        Mémoire et imaginaire : construction d'une géographie intime

14h- Ouverture : Yoann Bourion, Directeur  de la Bibliothèque et Gérard Peylet, Président de l'ARDUA

14h15- Florence Jaunez : La poésie du silence dans Place Monge

14h35- Gérard Peylet  : De la maison de l'enfance à la naissance de l'écriture : Les brisées

14h55- Nicole Pelletier : Le dialogue du reel et de l'imaginaire dans Place Monge et L'hiver en Arcadie

15h15- Table ronde dirigée par Nadine LAPORTE 

15h45- PAUSE et séance de signatures

16h15- Fabienne Marié-Liger : La loge de mer, voyage intérieur et quête de références 

16h35- Agnès Lhermite : Le roman d'un tableau 

16h55- Nadine LAPORTE : Écrire après Stendhal?

17h15- Table ronde animée par Jean-Yves Casanova

17h45- Clôture de la rencontre 

Jean-Yves Laurichessse vit aujourd'hui à  Toulouse,  où il est professeur de littérature française  à l'Université. Son dernier essai est paru en 2020 sous le titre Lignes de terre. Écrire le monde rural aujourd'hui. 

Il a publié  depuis 2008 sept romans aux éditions, Le temps qu'il fait, dirigées par Georges Monti. Côté autobiographie, Place Monge (2008), Les pas de l'ombre (2009) et Les brisées (2013)  explorent une mémoire familiale et personnelle à  partir d'archives, de récits,  de souvenirs. Côté fiction, L'hiver en Arcadie (2011), La loge de mer (2015) et Un passant incertain (2017) suivent la quête de personnages solitaires à travers le passé, le rêve, les images. Ces deux pentes de l'écriture, distinguées ne cessent de se faire écho, comme le montre son septième roman, Les chasseurs dans la neige, paru en 2018. L'auteur part d'une très ancienne fascination exercée sur lui par le célèbre tableau de Bruegel l'Ancien pour en retracer, sous la forme d'une courte fiction, la genèse imaginaire.

Il a reçu en 2009 pour Place Monge, le prix littéraire de la Ville de Balma, le prix ARDUA en 2013 pour l'ensemble de ses livres, le prix Jean Morer en 2017 pour Un passant incertain, le prix Jean  Monnet des Jeunes Européens en 2019 pour Les chasseurs dans la neige.

La rencontre du 17 novembre, en sa présence, contiendra des explosés sur son oeuvre et deux tables rondes.

La Bibliothèque Municipale de Bordeaux demande, comme pour toutes les manifestations culturelles, la présentation du Pass sanitaire et le respect des gestes barrières.

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le 20 octobre à 10h30..........Remise des 3 Prix ARDUA 2021, dans les salons de l'Hôtel de Ville de Bordeaux :

                             • Grand Prix : Marie-Hélène LAFON pour l'ensemble de son oeuvre 

                              •Prix Yolande LEGRAND : Philippe GRANDCOING 

                              •Prix Premières Réalisations : Emmanuel JOUHAN

                      

DISCOURS du Président Gérard Peylet à l'occasion de la remise du Grand Prix :

Madame, c'est un grand honneur pour l'ARDUA de vous accueillir aujourd'hui dans les salons de la Mairie de Bordeaux pour vous remettre notre Grand Prix 2021. Un grand honneur et une joie sincère. Nous aimons vos livres qui ont la rareté des livres denses, votre écriture,  neuve. Vos livres proviennent d'une source authentique, répondent à une nécessité. Cette source inséparable d'un espace originel fondateur donne à l'ensemble sa cohérence unique. Cette oeuvre est une oeuvre de la maturité. Vous avez publié  votre premier roman Le soir du chien (prix Renaudot des lycéens ) en 2001. Ce n'est pas par hasard si vous placez en exergue de votre quatrième roman Les derniers indiens, cette citation du peintre limousin Paul Rebeyrolle : "Je ne crois pas à  l'avant-garde,  c'est la mode. Moi je ne suis rien, je suis mon chemin".

Alors que j'ai moi-même découvert votre oeuvre très tardivement, il y a deux ans environ, en lisant le récit de vie fictif Joseph que vous avez écrit 6 ans après Les derniers indiens et 6 ans avant Histoire du fils, j'ai essayé de comprendre à quel point cette citation convenait bien à votre cheminement, de 2001 à aujourd'hui.

Je confierai aujourd'hui un souvenir personnel : le choc que Joseph a  provoqué en moi. J'avais confié déjà ce souvenir à une spécialiste de votre oeuvre. Sylviane Coyault, le 20 février 2020 à  Clermont. Je veux parler de cette émotion rare du lecteur lorsqu'elle est totale, neuve, naïve. C'est ce que j'ai ressenti en lisant Joseph. Au-delà de l'écriture nouvelle, quelle surprise pour moi de voir que ce personnage était une émanation d'un terroir auquel j'appartenais moi-même par le coeur. Ce lien d'appartenance (appartenance au terroir où l'on est né pour vous, au terroir qui m'a accueilli quand j'avais 22ans) a créé un lien supplémentaire entre l'auteur et son interprète,  mais ne fait pas de moi un 《fan》( pardonnez moi cet anglicisme familier) impatient d'entrer dans la cour d'un grand écrivain en vogue. Nous en avons tous rencontré lors des colloques de l'ARDUA (certains se souviennent peut-être de la 《cour》d'intellectuels qui accompagnait Pierre Michon, ou Pascal Quignard). Souvent imbus de leur proximité avec le Maître, insupportables ils n'ont eu à nos yeux que le mérite de nous faire apprécier un peu plus la simplicité ou la spontanéité de ces deux grands écrivains. Mais cela ne risque pas d'arriver avec vous. Pour deux raisons simples. Quelle que soit mon admiration sincère, il n'est pas dans ma nature de me comporter de cette façon ridicule et il n'est pas dans la nature de MH LAFON de chercher à former autour d'elle une cour d'inconditionnels un peu fanatiques. La littérature digne de ce nom n'a pas besoin de 《groupie》(deuxième mot familier et anglais!).

Si je reviens à cette citation de Paul Rebeyrolle qui vous convient si bien, "je ne crois pas à l'avant-garde, c'est la mode. Moi, je ne suis rien, je suis mon chemin ", je dirai que c'est à partir de cette indépendance et de cette discrétion 《théorique 》qu' il faut comprendre l'évolution de votre oeuvre.

Ce chemin,  vous le poursuivez à partir du lien essentiel que vous entretenez avec le Cantal. Un lien qui nourrit votre création et met en oeuvre son évolution. Vos études à Paris, votre enseignement de professeure agrégée de Lettres Classiques  aurait pu vous éloigner de cette terre originelle et fondatrice de l'oeuvre en construction permanente. C'est le contraire qui s'est produit. Vous n'avez à aucun moment oublié le pays et même aboli, ou simplement minoré, vos origines familiales comme d'autres à qui on vous compare trop facilement et superficiellement à mon avis (parallèle qui va jusqu'au contresens). C'est comme si l'exil choisi ou si le mot est trop fort, l'éloignement professionnel, au lieu d'effacer l'espace originel, en avait fait au contraire un vivier, une source essentielle, toujours vivante, renaissante, l'épicentre de votre oeuvre et de votre vie.

Le Cantal de Marie-Hélène LAFON, est un territoire géographiquement situé,  et même bien circonscrit entre Allanche, Ségur, Lugarde, Condat, Riom-ès-Montagne, la chapelle Valentine et Saint-Saturnin, qui s'élabore sous le signe d'une 《Province poétique 》, d'un lieu fondateur, entre exil et Royaume. Plus qu'un référent realiste, il offre une source inépuisable d'images, de métaphores. Le lieu réel est alors à la fois et simultanément le lieu representé et un lieu 《poétique 》. Cet espace originel  auquel MH LAFON ne peut échapper, qu'elle ne peut oublier, est la source vive de ses romans, la matrice fondamentale,  dont l'oeuvre se nourrit continûment car il correspond au terreau social et affectif qui ne la quitte pas. Les personnages de la romancière appartiennent à ce qui les environne. Cet espace originel est bien plus qu'un cadre de fiction. La terre -ce pays si circonscrit- est fondatrice de l'écriture et tend vers l'universel. L'oeuvre de Marie-Hélène LAFON se construit pas à pas sur cette permanence du lien, sa transmission aussi à travers l'art. C'est un lien ombilical. C'est un espace qui sauve, transcende, comme il sauve dans ce pays, 《le minuscule 》, celui qui est socialement à l'écart.

Le donnerai maintenant quelques exemples :

LES DERNIERS INDIENS (2008)

On ne suit pas entièrement l'auteur lorsqu'elle déclare en 2008 que ce pays perdu représente n'importe quel pays perdu. Ce n'est pas faux, si l'on considère la situation d'isolement de ces deux célibataires, qui se retrouvent seuls après la mort de leur mère. C'est une situation que l'on aurait pu retrouver dans unautre coin de France. Cette généralisation pudique est plus discutable si l'on replace ce roman dans l'ensemble de l'oeuvre de MH LAFON.

Ce roman de la vie  rurale, le plus crépusculaire, le plus âpre peut-être aussi, met en scène, en 2008, la fatalité la plus ordinaire, la plus domestique. Ils sont deux 《indiens》, Jean et Marie, mais très vite le lecteur va percevoir cette fin de vie des deux célibataires à travers le regard de Marie. Ce qui rend plus complexe la question du regard de Marie, c'est le regard de la narratrice qui épouse le regard de Marie ( comme elle le fera dans Joseph) ou qui s'en détache. Le sujet de ce récit, c'est la frontière qui sépare le mode de vie de Marie et de sa famille avant la mort de la mère, et le mode de vie des voisins, de l'autre côté de la route. La mère méprisait les voisins. Marie, sans les envier, et en sachant que tout rapprochement avec eux est impossible, est fascinée, car malgré tout, ils représentent la vie, le mouvement, l'avenir. Marie fait le bilan de sa vie. Bilan d'échec. La maison des Santoire où elle finit sa vie est une maison de morts, un tombeau.  Cette maison 《à l'abri du monde 》est un royaume funèbre, un royaume du vide. Sa lucidité est douloureuse. Elle ressent le goût amer du 《trop tard》. L'ennui qui pèse sur son existence rime avec solitude, stérilité, incommunicabilité, certitude d'être inutile. Marie-Hélène LAFON trouve dans ce roman tragique de la vie  ordinaire un équilibre entre imaginaire et réalisme. Marie qui a été privée d'amour maternel est une déshéritée, une laissée pour compte. C'est au milieu du livre - et ce n'est que plus poignant- que le lecteur va découvrir à partir de l'apparition d'un lieu 《magique》dans la mémoire de Marie: la Santoire, la montée involontaire chez elle de souvenirs heureux, de paysages aimés, essentiels, mais enfouis, trop enfouis. La mort de la mère au lieu d'être une délivrance a au contraire représenté pour Marie un seuil tragique de non retour. 

LES PAYS ( 2012):

Ce récit  raconte les années d'apprentissage de Claire, fille de paysans du Cantal, née dans un monde qui disparaît. Comprenant que le salut viendra des études et des livres, elle s'engage dans ses études avec énergie. Grâce à la bourse obtenue, elle monte à Paris, étudie en Sorbonne et découvre un univers inconnu. Elle 《bûchera 》comme un paysan sa terre et n'oubliera cependant rien du pays premier. Marie-Hélène LAFON évoque, avec humour souvent, la vie estudiantine de Claire, le fossé qui la sépare des autres étudiants. La réussite de Claire l'éloigne de la vie que son père a connue et pourtant le Cantal est dans le coeur de Claire qui y retourne souvent. L'exil n'a pas affaibli le lien ombilical qui relie Claire au pays premier. Le passge de Claire d'une vie à une autre, d'un pays dans un autre, d'un milieu social à un autre est parfois peut-être vécu comme une trahison mais sans le projet d'effacer ses origines. Le récit commence et s'achève par une belle évocation du père de l'héroïne, paysan immuable, lors de son voyage annuel à Paris. Il n'y a aucune forme de déploration dans le regard que Marie- Hélène LAFON porte à travers son personnage sur ces deux univers. Il n'y a aucune volonté de dépasser le conditionnement familial originel, ce qui supposerait un déclassement de l'existence du père, voire un "effacement". Aller de l'avant dans ses études ne représente surtout pas pour Claire et pour elle le refus de revenir vers les siens. Un seul exemple suffira à faire sentir ce lien d'appartenance resté intact au pays d'origine. Entraînée par une amie, Claire fait la découverte "froide", "impassible" des paysages d'île de France auxquels elle n'appartient pas.

JOSEPH (2013)  (dont j'ai déjà dit quelques mots )

Marie-Hélène LAFON ne réutilise pas le titre génial que Pierre Michon avait choisi en 1984. Un prénom tout simple Joseph suffit. Si le concept de " vie minuscule " excèdait largement son sens premier de destin infime chez Michon, le prénom choisi par Marie-Hélène LAFON  excède subtilement ce qu'il a d'ordinaire (si l'on oublie que c'est un prénom biblique). Cette vie "minuscule "de Joseph est à la fois commune et singulière,  ordinaire et extraordinaire. La présence empathique du narrateur fait exploser le genre du récit de vie. L'écriture contient une grande puissance  émotive qui naît du rythme choisi, de la place et du pouvoir des images. Cette écriture neuve épouse la pensée de son personnage humble, le flux de ces souvenirs. Les phrases se succèdent sans que l'on change de paragraphe. Un souvenir en entraîne un autre. C'est un seul mouvement très naturel qui traduit la pensée intérieure, cachée qui va apparaître sous l'effet de la mémoire involontaire. Joseph fait un retour sur sa vie. Il se souvient de "vies minuscules " comme la sienne. Le lecteur est surpris par le recul et la dignité de ce personnage humble quand il pense à son passé. Il essaie de tenir à distance un moment douloureux et de solitude extrême,  "le trou noir de sa vie" lorsqu'il est tombé dans l'alcoolisme après la mauvaise conduite et le départ de Sylvie. Il n'éprouve aucune  rancoeur, ne rejette pas la responsabilité sur les autres. Ce qui est triste, c'est cette fatalité ordinaire que le personnage considère avec lucidité. Il ne pleure pas sur son sort. Cet ancien alcoolique est resté un pur. Marie-Hélène LAFON ne cache pas que la nouvelle de Flaubert Un coeur simple a été le point de départ de son récit. Quelle belle  aventure de l'écriture et quelle belle transmission de l'émotion : de l'émotion première de l'auteure, lectrice de Flaubert, à l'émotion qu'elle suscite à son tour chez ses lecteurs qui découvrent  Joseph.

HISTOIRE DU FILS (2020)

Ce dernier livre est bien plus que le récit d'un secret de famille  sur un siècle.

C'est un magnifique roman à la structure complexe qui demande au lecteur un effort pour recomposer les éléments du récit, même si l'auteure aide le lecteur à recomposer ces fragments vers le milieu du livre. Si Joseph est le récit poignant et linéaire d'une vie "minuscule", Histoire du fils  ne tourne pas autour d'un personnage clé qui pourrait être André par exemple. C'est l'histoire d'une filiation.

Dans le dernier tiers du roman, et à partir du chapitre central qui raconte la mort de Gabrielle, la mère (le personnage le plus mystérieux du livre), l'émotion monte en puissance. Émotion maîtrisée, contrôlée, sans que le style si juste de Marie-Hélène LAFON n'en rajoute. Cela semble venir tout seul, naturellement. Le miracle d'une telle "illusion de naturel" vient d'une justesse émotionnelle parfaite, sans fioriture. Cette illusion si exceptionnelle n'est pas un jeu littéraire, même très brillant. C'est bien dans cette émotion suggérée et transmise, que demeure sans doute la vérité de l'artiste. L'émotion monte dans Histoire du fils jusqu'au moment final, au cimetière de Chanterelle, haut lieu dans tous les sens du terme, lieu mythique pour cette famille du Cantal, où le dernier de cette lignée, le fils d'André, qui n'aura jamais osé connaître son père Arnaud, donc le petit-fils, qui vit à l'autre bout du monde, comprend qu'avec lui, le fil n'est pas perdu, interrompu :

" Antoine parlera à son père et à sa mère; même à l'autre bout du monde, histoire de ne pas perdre le fil, parfois il parle à ses morts, à sa mère surtout. Il confirmera à son père ce qu'il savait déjà, que Chanterelle est un fort royaume perché, où les arbres sont drus et la vue longue; il pourra aussi lui dire que, désormais, à  Chanterelle, on sait qu' André Léotoy, fils de Paul Lachalme et de Gabrielle Léoty, fut au monde, et que l'on se souviendra de lui".

Je terminerai l'évocation rapide de ces oeuvres qui me semblent suivre un fil directeur intrinsèque, essentiel, en citant deux extraits d'un petit livre à part paru en 2012 Albums. j'ai l'impression, qu'au-delà de l'oeuvre fictionnelle construite de 2008 environ à 2020 avec une rigueur impressionnante, ce recueil de petits textes, à l'apparence modeste : Albums, constitue la 《clé de voûte 》de l'oeuvre. Intuition confirmée à la lecture du Pays d'en haut ( entretien avec Fabrice Lardreau).

Comme l'auteure l'indique sur la quatrième de couverture :

《C'est un abécédaire choisi, où l'on irait des Arbres à Vaches  en passant par Chiens, Journal, ou Tracteurs.    Ce serait l'os des choses, leur velours; et comme une déclaration d'amour répétée vingt-six fois》.

RIVIÈRES 

Ma rivière d'enfance a nom Santoire. Elle borna le monde, c'est définitif, elle fut l'été, la plage d'ardoise, et l'immobile après-midi d'août, le temps arrêté dans le babil lumineux de son lit de cailloux. Elle fut de chaque hiver, et des printemps brefs,  haute, pressée d'en finir, se hâtant,  tournoyant à bout de gris, cinglant les branches nues et penchées. Horizontale, insolente et enfuie.

PAYS

"Le Cantal existe. Il est incontestable. Il est accroupi au centre de la mêlée des terres et il tient bon. [...]

J'en suis. De la-haut. J'en descends. Comme d'une lignée profonde. Lignée de vie, ligne de sens; Je n'en reviens pas de cette grâce insigne que c'est d'en être. Je n'en reviens pas et n'en veux pas finir de n'en pas revenir".

Nous aurons le temps, dans quelques mois, autour du colloque que nous organiserons en présence de Marie-Hélène LAFON les 1er et 2 juillet à  Bordeaux, de réfléchir à cette hypothèse. Le temps aussi de mieux comprendre comment un quart de siècle environ après les vies minuscules de Michon, Marie-Hélène LAFON a su désigner à son tour, de nouveaux enjeux à la littérature contemporaine en restant fidèle à cette déclaration libre de Pierre Rebeyrolle : 

je ne crois pas à l'avant-garde, c'est la mode. Moi, je ne suis rien, je suis mon chemin."

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le 8 septembre à  10h30....Remise des 3 Prix ARDUA 2020, dans les salons de l'Hôtel de Ville de BORDEAUX

          • Grand Prix : Tahar Ben Jelloun

          • Prix Yolande Legrand : Nadine Laporte 

          • Prix des premières  réalisations : Stéphane  Olivié Bisson.

                                                       

DISCOURS  du Président Gérard Peylet :

Nous sommes heureux aujourd'hui, Tahar Ben Jelloun, de vous remettre notre Grand  Prix. Votre écriture originale, votre imagination foissonnante, l'ancrage de vos textes dans la culture marocaine, votre humanisme, en font une œuvre unique.

Cette oeuvre,-à l'exception d'essais comme L'étincelle -n'est pas actuelle au sens courant  du terme. 

Votre lecteur est souvent saisi par un sens du tragique inscrit dans l'homme et dans l'Histoire du monde en général et du Maroc en particulier. On rencontre dans vos livres une représentation puissante de la fatalité et du mal. On y trouve l'ombre, les cavernes obscures de l'âme humaine, mais aussi une force humaine, spirituelle, comme une petite lumière qui essaie encore de briller, de survivre dans la nuit, à travers des personnages écrasés, humiliés, mais capables de résister pour rester humains.

Le souffle épique n'est pas absent de votre oeuvre qui rend vaines les étiquettes, les classements par catégorie ou sous genres. Rien n'est artificiel dans ce mélange des tons. L' épique et le tragique s'allient sans heurt. La couleur onirique contribue elle aussi à la richesse de l' ensemble. Non seulement parce que les personnages nous livrent des rêves souvent à la limite du fantastique, mais surtout parce que vous mêlez avec aisance le visible et l'invisible.

Nous sommes persuadés que cet univers ne serait pas aussi riche si vous n'étiez pas un poète. Les romanciers souvent, les historiens, nouent des rapports entre les choses. Le poète, fût-il un romancier, en saisit l'essence. C'est parce que vous êtes poète que vous nous entraînez au-delà du monde des apparences, que vous nous mettez en rapport avec la sur-réalité. Votre  écriture, et pas seulement celle des poèmes, offre à vos lecteurs un moyen intuitif de connaissance, d'allure mystique. Vous cherchez à exprimer l'inexprimable, ce qui échappe à l'intellect.

Si votre œuvre est essentiellement poétique, elle soulève aussi les grandes questions qui hantent l'humanité depuis les mythes d'origine. Elle explore la question de la barbarie et du mal, de l'Identité, le lien mystérieux entre la raison et la folie. C'est aussi toute la question du réel qui est posée à travers la dialectique de la surface et de la  profondeur. Pour traiter ces questions, vous vous appuyez sur un imaginaire qui vous permet de mêler l'Histoire, les légendes et les mythes. Vous participez à la réhabilitation de l'imaginaire dans la littérature d'aujourd'hui et la philosophie innerve de façon cachée votre imaginaire, votre représentation.

Un mot sur cette représentation. Si elle appartient forcément, en partie au domaine de l'explicite et du visible,  elle ne peut être conçue par vous sans un implicite et un invisible à la fois découvert et recouvert dans un même mouvement d'écriture qui donne à vos textes leur profondeur. Pour porter ces questions, vous vous appuyez aussi sur des personnages qui vont les incarner. Nous sommes loin avec eux du roman d'analyse traditionnelle. On rencontre chez eux des actes irréductibles à toute explication. Les cavernes obscures de l'être humain que vous explorez jettent votre lecteur dans le monde ouvert du roman de la condition métaphysique.

La richesse de vos livres tient également à votre écriture,  une écriture animée par un souffle poétique inépuisable. L'authentique  poète se débarrasse de cadres tout faits, il se fait voyant, visionnaire. C'est ce qui explique la place importante de la métaphore puisque la métaphore est d'abord transport de sens, se veut élan et mouvement.

La richesse de votre oeuvre tient aussi à sa mixité, à un mélange fécond entre modernité et tradition. La plupart des grandes œuvres contemporaines sont, mixtes, "impures". Bakhtine disait "polyphoniques". Le procédé même de subversion des genres anciens constitue l'un traits majeurs de l'oeuvre moderne. Vos textes sont  valorisés par le mélange des styles, des tons, des cultures. Votre oeuvre cultive sa singularité par rapport à toutes les normes et traditions esthétiques du passé. En même temps elle revisite les formes anciennes comme le conte et les légendes.

Si l'esthétique est moderne, la culture est profondément marocaine, même si elle redevient spontanément universelle et humaniste dans les essais engagés (contre le racisme, contre les régimes despotiques), dans les fictions, comme elle est universelle dans le recueil de poèmes Douleur et lumière du monde. Vous y rassemblez des poèmes  lyriques à côté de poèmes plus engagés qui rejoignent une poésie pamphlétaire visionnaire qui nous rappelle Agrippa d' Aubigné. Le poète engagé rend compte de la douleur, de la haine, du fanatisme qui peut transformer notre monde en enfer.

A côté de cette veine satirique on rencontre dans ce recueil le registre lyrique, tendre. Nous citerons deux  poèmes  :

Toi qui habites dans un buisson 

Dis-moi ce que l'arbre te raconte    

Ce que la mer fait de nos solitudes 

Et la terre de nos morts

Sais-tu que

La cendre se mêle au sable 

Aux eaux usées 

Aux pierres creuses

Alors parle   

Et   

Si le temps avait ton visage 

Si tes rides étaient des étoiles 

Des fruits laissés sur une table 

Sous un cerisier en Toscane

L'été de l'enfance féroce 

Si le jour naissait entre tes doigts 

Il n'y aurait que joie et clarté 

Un âne léger et une caravane 

De jarres pleines d'amour 

Et d'histoires qui montent dans le ciel

En offrant aux gamins 

Des cerises et des cerfs-volants 

L'ÉTINCELLE :

Cet essai frappe le lecteur par sa très grande clarté sur une question aussi complexe qui relie l'histoire récente au présent.  Le commentaire est sobre, sans pathos; c'est juste. On apprécie la connaissance objective de ces pays arabes et de l'évolution des régimes. La conclusion humaniste, universelle est convaincante :                                                                                                                  "Ces révoltes nous apprennent une chose simple et qui a été tellement bien dite par les poètes : face à l'humiliation, tôt ou tard, l'homme refuse de vivre à genoux, réclame au péril de sa vie la liberté et la dignité. Cette vérité est universelle. Il est heureux que ce soit, en ce printemps 2011, les peuples arabes qui la rappellent au monde"

LE RACISME EXPLIQUÉ À MA FILLE :

Dans cet ouvrage où vous adoptez une position universelle et humaniste, contre le racisme, on est frappé par l'importance que vous accordez à l'Éducation. Vous soulignez avec force que "la lutte contre le racisme commence avec l'éducation". Ce livre s'adresse à tous les publics sans jargon pédagogique ou didactique. Il est le fruit de la raison et du coeur réunis. Je cite la conclusion :

"Sache enfin que chaque visage est un miracle. Il est unique. Tu ne rencontreras jamais deux visages absolument identiques; Qu'importe la beauté ou la laideur. Ce sont des choses relatives. Chaque visage est le symbole de la vie. Toute vie mérite le respect; Personne n'a le droit d'humilier une autre personne. Chacun a droit à sa dignité. En respectant un être, on rend hommage, à travers lui, à la vie dans tout ce qu'elle a de beau, de merveilleux et d'inattendu. On témoigne du respect pour soi-même en traitant les autres dignement".

ÉLOGE DE L'AMITIÉ, OMBRE DE LA TRAHISON 

Vous faites ici un retour sur vous-même, sur le bonheur de l'amitié partagée et sur la souffrance jamais apaisée d'avoir été trahi. C'est un beau texte sur l'amitié, ce lien rare et essentiel. L'amitié  est un don qui suscite la réciprocité dans l'échange,  qui a besoin de la fidélité pour perdurer. En amitié, la trahison est une blessure définitive qui ne peut cicatriser, justement parce que l'amitié ne supporte pas l'impureté.

L'ENFANT DE SABLE

Ce récit déchirant d'une descente aux enfers, d'un martyre provoqué par un père et accepté par son enfant, cette histoire cruelle d'une solitude quasi-absolue est également une analyse de la société traditionnelle marocaine, de ses tabous. La femme  marocaine est cantonnée dans son rôle  de reproductrice, éternellement humiliée par l'homme qui use et abuse des pouvoirs que lui confère la tradition, ancré dans ses certitudes et obnubilé par le regard des autres.

C'est aussi une écriture qui mêle le réel et l'imaginaire. Réel transformé grâce au conteur qui mêle à son récit des contes et des légendes. Les quarante dernières pages donnent l'impression que c'est au lecteur de choisir la fin de l'histoire d'Amed. De ce point de vue, on peut parler "d'oeuvre ouverte". L'auteur offre au lecteur le pouvoir d'imaginer. On pense à la position critique de Wolfgang Iser et d'Umberto Eco.

LA NUIT SACRÉE 

Dans La Nuit sacrée, Ahmed réapparaît sous les traits de Zahra, une vieille femme qui raconte l'histoire du chemin douloureux qui l'a menée à la reconquête de sa féminité. Vous y creusez un peu plus la question de l'identité à travers l'exemple de cette fille  forcée d'être un garçon. On y retrouve la même société arabo-musulmane, traditionnelle et figée, obéissant à un ordre ancestral.

Dans la Nuit sacrée, Ahmed reste prisonnière de son histoire. Ce blocage amplifie son aliénation. Zahra s'avère inintelligible pour les autres mais aussi à elle-même. Quand le manuscrit disparaît, les conteurs rêvent l'histoire d'Ahmed/Zahra. Le lecteur est fasciné par la scansion d'une parole fortement métaphorique. 

MOHA LE FOU, MOHA LE SAGE

L'association de la folie et de la sagesse est originale dans ce livre qui mêle satire et poésie. En reprenant ce thème majeur de la littérature baroque, vous utilisez la folie au service de la sagesse pour provoquer le changement dans une société où  l'autoritarisme impose un système de répression, de torture et de soumission. Vous utilisez la folie et les paraboles comme un moyen d'expression pour décrire les malaises d'une société opprimée, à travers un personnage du peuple: Moha qui dit la vérité, une vérité d'ordre spirituel, à ceux qui ne veulent pas l'entendre, car ils sont habitués à  vivre dans le faux. Dans cette société policée, tout mouvement est surveillé. L'horizon est fermé. Dans cet univers muet, Moha prend la parole contre une idéologie meurtrière. Il incarne dans ce roman le verbe libéré et visionnaire de celui qui parle en utilisant des paraboles. Sans violence, il agit par la parole et tente de modifier les maux et les vices qui rongent la société. A travers son délire, il sème le doute et la confusion dans les esprits rigides.

LE MARIAGE DE PLAISIR

C'est un roman en forme de saga familiale sur trois générations, sur environ soixante-dix ans et sur trois lieux principaux (Fès, Dakar, Tanger) avec plusieurs parcours narratifs itinérants entre le Maroc et le Sénégal. Le récit est attribué à un conteur, Goha. Goha conte, au centre d'un attroupement de fidèles auditeurs, et donne le ton, dès ses premiers mots : 《Je m'en vais vous raconter une histoire d'amour, un amour fou et impossible》. Et il brosse le tableau d'une société marquée par l'oppression des traditions, le poids des préjugés, l'angoisse permanente du qu'en-dira-t-on, le racisme. L'histoire d'amour est celle d'un bourgeois blanc musulman-fassi, Amir, et d'une jeune Peule noire animiste, Nabou, qu'il épouse à chacun de ses voyages d'affaires au Sénégal, en contractant pour la durée de son séjour, sur le conseil de l'imam un 《 mariage de plaisir 》. Ce qui ne devrait être qu'un hypocrite arrangement ponctuel avec la morale, débouche, de façon inattendue, sur un amour partagé qui incite un jour Amir à emmener Nabou à Fés. Le racisme violent, atavique, que nourrissent à l'encontre des Africains noirs les personnages fassis, éclate encore plus lorsque Nabou donne naissance à des jumeaux dont l'un est blanc et l'autre noir. Le réalisme des scènes du roman social cède régulièrement  la place, dans la narration, à des situations surnaturelles dans lesquelles évolue Karim, le fils mongolien d'Amir et de Lalla Fatma, ramenant le récit vers le genre du conte magique ou fantastique annoncé initialement.

CETTE AVEUGLANTE ABSENCE DE LUMIÈRE 

C'est un livre extrêmement fort dans lequel vous mêlez humour et poésie au tragique. Pour décrire la résistance d'une poignée d'hommes écrasés par la barbarie, vous avez choisi un récit dépouillé qui s'appuie sur le pouvoir des images. Entre témoignage et imaginaire le livre montre toute la richesse d'une pensée par images qui va beaucoup plus loin qu'un discours intellectuel même le plus précis. Il nous plonge dans un imaginaire de la nuit, nuit absolue, mais dans laquelle brille une petite flamme, celle de la résistance humaine dans ces cellules d'une étroitesse telle qu'il est impossible de se déplacer. La lumière du jour n'y pénètre jamais. Au fil des jours, les maladies conduisent de plus en plus ces hommes vers la mort. Ce roman va au-delà d'une simple description des douleurs et des souffrances en nous montrant comment ces hommes qui ont gardé l'importance des valeurs spirituelles réussissent à survivre dans la dignité. La solidarité entre ces hommes rappelle un peu l'acte de résistance qur Romain Gary avait imaginée au sein de la prison dans La promesse de l'aube.

JOUR DE SILENCE À TANGER

Jour de silence à Tanger est un livre à part dans votre oeuvre, un 《récit de vie》très particulier et personnel qui rapproche étroitement la vie et la mort, ainsi que deux notions en apparence contradictoires : l'ordinaire et le tragique. C'est une de ces mauvaises journées à Tanger, journée de vent et de solitude. Le lecteur ne sait pas au début que ce jour de silence correspond probablement pour le personnage principal au dernier jour. Le temps qui passe, les neveux ingrats, les amis absents ou morts, les médicaments qu'il jette à la poubelle, telle est la trame de ce roman de l'ennui, qui comme le A vau l'eau de Huysmans, ne contient aucune action.  A certains moments, tout excite le courroux du vieil homme qui ressasse son ennui. Il semble répondre de temps en temps au narrateur qui se montre dans la première partie du livre sans aucune complaisance envers lui. Et pourtant, insensiblement, une émotion commence à surgir à travers des images poétiques qui expriment la solitude et la nostalgie du personnage principal et quoique ce ne soit jamais dit, le lecteur comprend que c'est un fils qui parle avec pudeur de son père, que c'est Tahar Ben Jelloun qui parle du sien. A travers ce récit si particulier, la question du double voilement et dévoilement de l'intime du personnage et du narrateur nous interpelle, les enjeux d'écriture aussi de ce texte émouvant que l'on pourrait adapter au théâtre. Reste l'essentiel pour le lecteur : une émotion grandissante et rare qui naît de ce dévoilement progressif et d'une écriture rare : "Il faut que j'arrête de penser. Je ne vais plus penser. Je vais faire le vide. J'expulse tout de mon esprit : les épingles qui menacent et mes obsessions. Le vent est moins violent. Il a réussi quand-même à ouvrir la fenêtre et la porte. Je me lève. Le vent n'est plus humide; il est même agréable; c'est un vent chaud qui vient du nord. Le ciel a changé de couleur. Où est partie la grisaille?"

Tous ces exemples nous donnent une idée de votre art et de votre pensée et continuent la promesse d'un beau colloque qui aura lieu en décembre prochain. J'espère bien que notre colloque fera également une place à l'oeuvre du peintre que vous êtes aussi. La peinture est devenue pour vous un travail créatif comme l'est l'écriture. C'est un aspect que nous devrons étudier, tellement il complète, dans sa totalité si différente, votre création littéraire. L'écrivain dont l'imaginaire se nourrit de la douleur du monde et de la nuit exprime dans sa peinture une joie pure, intacte, retrouvée. Cette peinture contient une forme de jubilation qui passe par les couleurs de la lumière du monde. La lumière du monde, porteuse de moments de grâce et de beauté répond à la nuit. Dans cette perspective, il faut saluer saluer les huit vitraux de l'église Saint Genulf du Maine et Loire à Thoureil que vous avez réalisés. Je ne pouvais pas terminer cette présentation de votre oeuvre sans indiquer ce lien qui me paraît essentiel entre l'écriture et les arts visuels chez vous.                                            

 

 

 

 

 

 

 

Pont de pierre

Actualités

GÉRARD  PEYLET : 

GEORGE SAND DE l'UNIVERSEL à l'INTIME : "L'ŒIL DU CŒUR "

Grand écrivain romantique, George Sand est un des auteurs en qui s'incarne l'esprit du temps où elle vécut, ses passions,  ses aspirations, ses déceptions. On la trouve liée à tous les grands courants aussi bien politiques,  religieux,  que philosophiques et littéraires,. Il y a dans  son oeuvre une dimension d'universalité, d'humanisme. Elle a vécu le siècle,  et elle l'a traduit dans son oeuvre romanesque et autobiographique, dans des essais de toutes sortes, dans sa correspondance. Tousces textes sont marqués par une générosité exceptionnelle,  un désir d'améliorer la  condition humaine en plaçant toujours un immense espoir dans l'éducation.

Ce livre éclaire  l'unité de la pensée et de l'imaginaire sandien dans une diversité étonnante d'écritures et de genres. Il souligne aussi la modernité d'une oeuvre dont le succès en France et dans le monde est toujours grandissant depuis le dernier tiers du XXème.

Si les études sandiennes sont nombreuses, on n'avait jamais encore abordé l'ensemble de ses textes,  de façon aussi personnelle,  en refusant de séparer,  pour comprendre cette oeuvre en profondeur, la personnalité,  la pensée,  et l'art de l'auteure. Un seul fil rouge réunit,  dans la continuité, les trois parties de ce livre : la générosité,  "l'oeil du coeur"                             

           Couv george sand de l universel a l intimeCouv george sand de l universel a l intime (1.53 Mo)    

Gérard  Peylet, professeur à l'université Bordeaux Montaigne,  est spécialiste de littérature moderne et contemporaine, plus particulièrement  du XIXème siècle, du romantisme et de la littérature 'fin de siècle '. Jusqu'en 2015, il a dirigé dans cette université le LaPRIL ( Laboratoire  pluridisciplinaire de recherches sur l'imaginaire appliquées à la littérature ). Il a publié récemment  Joseph Rouffanche : une grande voix poétique ( PULIM, 2019 ), L'intime en question aujourd'hui ( Edilivre,2020 ) et ce territoire auquel on appartient (Edilivre, 2020).                  

 

 

 

                                                                         

 

 

 

 

 

                                   

                                                                

   

        

 

 

                                          

    

 

                                                                        

                                   

 Les arduans publient : 

Gérard Peylet : Joseph Rouffanche, une grande voix poétique, PULIM, 2019

Chantal Detcherry,  Histoires à lire au crépuscule, 2019, Passiflore

CG Dubois, Entre mythe et histoire, quelques cas de “clairobscur” dans l’histoire des débuts du christianisme, collection Eidôlon n°126, PUB, 201

Marie-Hélène Sainton : Destinées singulières (7 femmes artistes du XIXème), Editions La p'tite Hélène janvier 2020

Bernard Puel : La pensée du pluriel, Editeur Académia de Louvain la Neuve, relayé pour la France, par L'Harmattan, mars 2020.

Gérard Peylet : Ce territoire auquel on appartient, Editions Edilivre, octobre 2020.

Jean Yves Laurichesse : Lignes de terre. Écrire le monde rural aujourd'hui, Bibliothèques des Lettres Modetnes, Minard, 2020

Chantal Detcherry : Histoires à lire au crépuscule, Éditions Passiflore,  Prix de la nouvelle de l'Académie française,  nov 2020

Madeleine Lenoble, Histoires douces amères,  Collection "destins du monde" , Les dossiers d'Aquitaine,  décembre 2020

Chantal Detcherry : Beaux habitants de l'univers,  Éditions Passiflore,  2021

Geneviève Dubois : Langage en déshérence,  L'Harmattan,  mars 2021

Gérard Peylet : George Sand de l'universel à l'intime : l'oeil du coeur,  PUB, septembre 2021

 

 

                                       

                                                 

 

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